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Le monde littéraire haïtien en deuil

Rodolf ÉTIENNE France-Antilles Martinique 15.01.2010

Georges Anglade, « anti-duvaliériste convaincu » est mort en compagnie de sa femme, enseveli sous les décombres.

Le festival international du livre et du film Étonnants voyageurs prévu du 14 au 17 janvier en Haïti est bien évidemment annulé. Cinquante auteurs devaient prendre part à cet événement très attendu par le monde littéraire haïtien.

Après le séisme de mardi. Voilà l'information que l'on retrouvait hier matin sur le site du festival Étonnants Voyageurs, mise en ligne par les responsables parisiens de l'événement : « Suite à la terrible catastrophe qui s'abat sur Haïti, nous suivons comme chacun sans relâche les nouvelles en provenance de Port-au-Prince. Michel Le Bris et l'équipe du festival ont pu nous contacter de façon très brève juste après le séisme mardi 12 janvier par téléphone, à nouveau mercredi 13 janvier à 15h par mail et aujourd'hui vers midi par SMS. Ils vont bien. Il nous est impossible de les contacter, les réseaux de téléphone et d'internet ne fonctionnent pas. »

Décès de Georges Anglade

Les précisions qui suivent sont souvent rassurantes mais malheureusement, deux décès sont à déplorer, celui de l'auteur canadien d'origine haïtienne Georges Anglade ainsi que de sa femme Mireille. Le site reprend : « Dany Laferrière qui est en compagnie de Michel Le Bris se porte bien ainsi que sa mère qu'il a pu voir. Il a également eu de bonnes nouvelles de Lyonel Trouillot, de Frankétienne et de sa femme. Louis-Philippe Dalembert et Rodney Saint-Eloi ont pu donner des nouvelles à leur famille et à leur ami Alain Mabanckou qui est resté aux Etats-Unis et avec qui nous sommes également en contact. James Noël, sa femme et sa fille, Jean-Claude Fignolé, Yanick Lahens, Thomas Spear, Gary Victor, Emmelie Prophète, Mimi Barthélémy sont en vie comme le communique la maison d'édition Vents d'ailleurs qui publie bon nombre d'auteurs haïtiens. »

Témoignage de Louis-Philippe Dalembert

Sur le blog d'Alain Mabankou, attendu au festival et en transit à Miami lors du drame, on peut lire ce témoignage très poignant de l'auteur Louis-Philippe Dalembert : « Merci de penser a moi, vieux frère. les secousses continuent 7.3, 5.9, 5.5. C`est impressionnant, mais tout va bien. sur le plan personnel, les dégâts matériels sont importants chez mon frère, et je me suis fait une légère blessure en sautant par dessus une barrière pour aller récupérer la belle-mère impotente de mon frère. Mais ce n'est pas très grave. Les dangers sont de loin plus importants ailleurs. Kenbé fem. » Sur le site www.cybertpresse.ca, la journaliste canadienne Chantal Guy écrivait mercredi : « En nous rendant vers le Karibé, Ivanoh et moi avions failli faire demi-tour. Pas trop endommagé, l'hôtel qui abritait les écrivains du festival semblait cependant abandonné. Il n'y avait personne. Jusqu'à ce qu'on nous dise que les clients étaient sur le terrain de tennis, à l'arrière. Lorsque nous sommes arrivés, nous avons vu Dany Laferrière en compagnie de Rodney St-Éloi, directeur des éditions Mémoires d'encrier, de Montréal, et de Michel Le Bris, fondateur du festival Étonnants Voyageurs. » Alors qu'une douzaine de prix internationaux avaient récompensé en 2009 une littérature haïtienne en plein essor, ce séisme vient faire souffler un vent de douleur dans le monde de la littérature haïtienne. Dany Laferrière disait mercredi à Chantal Guy : « Quand tout tombe, il reste la culture. Ce n'est pas une catastrophe qui va empêcher Haïti d'avancer sur le chemin de la culture. Et ce qui sauve cette ville, c'est le peuple. »