PRAGUE REND HOMMAGE A SONY LABOU TANSI
à l'occasion de la 6e édition des
Rencontres théâtrales (et plus encore…)
Afrique en création ou Nous sommes tous Africains
Sony Labou Tansi
Une plongée au cœur de notre conscience
par Caya Makhélé
Lorsque Bernard Geniès du quotidien Le Monde écrivait en 1987 : « Sony Labou Tansi pourrait bien devenir le maître à penser d'une génération. Une génération qui aimerait se tordre les boyaux, lever les yeux au ciel, ricaner, jongler avec les mots comme d'autres le font avec les idées… », personne ne pouvait se douter que Sony nous quitterait prématurément huit ans après, en 1995, emporté par la maladie du siècle. Le critique littéraire ne pensait pas si bien dire. Et il ne voyait qu'une infime partie de ce que cet auteur apporterait à l'Afrique et au reste du monde littéraire. Nous, nous le savions déjà, nous qui étions habitués à la pertinence et à la fulgurance de sa pensée.
L'œuvre immense de Sony Labou Tansi par sa qualité et son ampleur, est une œuvre visionnaire, dont les échos traversent les époques, car elle touche à ce qu'il y a d'essentiel en l'homme, la question de sa légitimité face à lui-même et face à autrui. Sony, homme multiple, tant du point de vue humain que culturel, a un destin déjà lié à sa naissance. Il est celui qui doit rompre le silence :
O silence
la plus grande lâcheté
des hommes
O liberté
pure et simple
science de nommer
dites où va le monde
Il est l'enfant du fleuve Congo, né en 1945 entre les deux rives de ce gigantesque cadeau de la nature aux eaux souvent troublées par l'histoire sanglante de l'Afrique, entre Kinshasa et Brazzaville. Il commence à travailler à l'intérieur du pays et, se construit un réseau d'amis à travers le monde. Des écrivains affirmés comme Léopold Sédar Senghor, Henri Lopes, Sylvain Bemba, Jean-Baptiste Tati-Loutard, Tchicaya U Tam'si, Maxime Ndébéka, Tchichelle Tchivela, Wolé Soyinka, Daniel Maximin, se reconnaissent en lui et contribuent à le faire connaître auprès de divers publics. Mais souvent les initiatives viennent de Sony lui-même. Il me surprend en 1978, lorsqu'il prend contact avec moi. Plus tard, il m'enverra de Pointe-Noire une lettre dactylographiée dont voici un extrait :
« Ecrivons, tel est notre destin, notre victoire aussi : comme ce passage que je viens d'ajouter à « l'Etat Honteux » où l'ex mon colonel Farnette accusé d'avoir jeté des tracts dans ma hernie et ma palilalie doit s'expliquer devant le conseil supérieur de la Nation, devant le haut commandement, devant le tribunal des enfants du peuple, devant maman nationale, devant les représentants du pays de mon collègue… il se lève, sourit, et pourquoi tu souris devant la colère de ma hernie ? pourquoi tu souris Farnette maman ? mais il sourit encore et dit que « monsieur le président il faut grandir. Grandir est devenu en fait le premier devoir de l'Afrique. Caya, j'ai aimé ta passion qui coince les tripes, c'est pour elle que je parle, j'invente le sérieux puisqu'il n'existe pas chez nous. »
Je venais avec quelques amis écrivains, dont Marie-Léontine Tsibinda et Léandre-Alain Baker, de créer le Cercle littéraire de Brazzaville, afin de faire connaître les écrits d'une jeunesse effervescente en désir d'expression dans un pays se disant le premier pays marxiste-léniniste d'Afrique. Une grande vague de création théâtrale et poétique submerge alors le pays. Sony se joint au mouvement et devient très vite par son talent et son humanisme une des figures charismatiques de ce mouvement. Comme la plupart de jeunes créateurs de cette époque, il touche à toutes les formes, passant du théâtre au roman, de la scène à la poésie.
Au cœur des tourments du monde, Sony se jettera corps et âme, ayant une vision plus universelle des imbrications que l'histoire tissait chaque jour sur les destins des peuples. Je l'entends encore me dire : « Chaque génération vient au monde avec sa propre part de monde… Nous avons le devoir d'ajouter du monde au monde… » Ses textes, restent aujourd'hui d'une actualité prémonitoire. Il n'y a qu'à, pour s'en rendre compte, lire sa Lettre ouverte à l'humanité, texte publié en octobre 1986 dans le numéro 1 de la revue Equateur. La révolte des populations brimées, l'incompréhension et le fanatisme religieux, les actes terroristes alimentés par le désespoir et la haine, y sont évoqués de manière quasi précise.
Sony Labou Tansi ne jouait pas seulement avec les mots. Il leur redonnait leur sens véritable au cœur d'un brouhaha de « mochetés », qui semblaient cacher les vrais enjeux de l'avenir de l'humanité. Il n'était pas seulement congolais, mais citoyen du monde. Celui qui disait écrire pour qu'il fasse homme en lui, sculptait les fondements d'une renaissance de la littérature contemporaine avec une alchimie de mots, renouvelant les thématiques et la manière de les assumer.
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LES EDITIONS ACORIA D'UN SALON A L'AUTRE
Nouréini Tidjani-Serpos et Roger Sidokpohou
dédicaçant leurs nouvelles parutions au Salon Livres d'Afrique le 25 octobre 2006.
Ndongo Mbaye, au Salon Plume de Lune, 2006
Témoignage
« Plume de Lune », un salon bien luné
Au 3ème salon « Plume de Lune », qui s'est tenu du 24 au 25 novembre 2006 à Tassin la demi lune, ce furent des plumes lunaires qui ont reçu un accueil digne de la plus pure tradition africaine dont on retrouve un exemple dans la « Téranga » sénégalaise.
A la synergie des compétences, de la volonté et de la performance des organisateurs institutionnels et bénévoles a répondu l'écho francophone polyphonique des auteurs qui, transcendant leurs différences et leurs diversités culturelles et géographiques, se sont retrouvés sur les terrains essentiels de l'écriture, de la rencontre, des regards croisés, du métissage spirituel, de la civilisation de l'universelle condition humaine.
La seule parole qui en valait la peine se déclinait en « échanges », à travers les mots et leurs sonores musicalités, la magie des images, l'esthétique scripturale, le passage de la narration réaliste comme une écriture de l'aventure, à celui du symbolisme intérieur et du langage comme aventure de l'écriture, la volonté affichée et partout présente de voir tout texte se mirer devant la glace et la grâce de la Poésie.
De purs moments d'ivresse livresque.
Ndongo MBAYE
Brigitte Tsobgny, Amadou Elimane Kane et Henri Fwala Yenga, en pleine conversation avec Marcel Zang au Salon du livre africain d'Angers. (14 - 15 octobre 2006)
Présentation à Paris et à Bangui du recueil de poésie Oasis intérieure
Basile Gabriel Ahoussa en compagnie de Amadou Elimane Kane, (à droite) directeur de la collection poésie aux Editions Acoria
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