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Anne Bourrel (Photo Didier Leclerc)
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Blues blanc des bleus du sud
« Des livres, ya en trop »
La libraire du coin, lundi 14 avril 2008, 17h26
Ah bon ? Des livres, yen a trop ? Moi, je trouve pas. Je ne trouve pas. Je voudrais au contraire que davantage de gens écrivent, tous mes voisins, mes élèves, mes copines et aussi ma mère. Je voudrais qu'il y ait des livres partout, des grosses piles de livres, des villes de livres, des métros et des trams de livres. J'en voudrais pour tous les goûts, pour tous les jours, j'en voudrais des rares, des vieux, des neufs…et quelle chance n'est-ce pas, dans ce coin-ci du monde, nous avons beaucoup de livres. Nos amis ont des livres, nous nous les échangeons, nos écoles ont des livres, il y a des CDI, et dans nos villes des bibliothèques, et dans nos villages, des bibliobus et même parfois une très jolie papeterie où l'on peut trouver de drôles de livres, derrière le tourniquet des cartes postales, entre les piles de cahiers de brouillon et les journaux locaux.
Si je savais imiter le coq aussi bien que Gabriel Kinsa, je chanterais mon cocorico.
Oui, mais voilà, il a les libraires grincheux. Dans ma ville, à Montpellier, il n'y a pas beaucoup de librairies. Mais beaucoup de libraires grincheux. C'est une maladie d'ici, on dirait. Je me demande à quoi cela tient…A Lodève, à Carcassonne, à Perpignan, à Paris, à Nîmes, j'ai rencontré de véritables amoureux du livre ! Mais ici, non…avec notre dernier libraire heureux, Jean Debernard, parti rejoindre Molière il y a quatre ou cinq ans, s'est envolé la joie de lire…
Alors, des livres, yen a trop ? Moi, je ne trouve pas. Mais, je note toutefois que dans toutes les librairies de France, on voit partout les mêmes livres. Cinq ou six maisons d'éditions, Gall, Act, Seul, Polo ou Min, s'empilent bien heureuses sur les tables des magasins de livres et s'étirent en baillant sur leur étagères. Bien à leur aise, tout à fait entre-elles, rangs bien serrés, ces maisons d'édition éditent les auteurs qu'elles choisissent d'après leur goût. Ensuite, les lecteurs croient, par Marketing aveuglés, que ces auteurs-là sont le nec plus ultra de tout ce qui se fait en ce moment. L'arbre qui cache la forêt pue des racines.
Des livres, yen a trop ? Moi, je ne pense pas. Ce que je crois c'est qu'il y a trop de mêmes livres partout. Allez, messieurs et mesdames les diffuseurs, prenez des risques bon sens ! Mouillez votre chemise !
Quand vous arrivez avec votre tête d'auteur pas médiatisé, pas marquettisé, ce que le libraire voit, c'est un mendiant. Un pauvre type ou une pauvre fille qui vient présenter son livre en bégayant et en s'excusant de ne pas faire partie des élus, que dis-je, des demi-dieux, de chez Gall, Act, Seul, Polo ou Min, les gros éditueurs.
Pipi de chat, nous serions, surplus, vomis de masse, écrivains mon œil, plumitifs sans nid.
Pouark, ça me dégoûte.
Que la petite édition aille à sa perte ! Arrêtez d'écrire, vous nous encombrez la bibliothèque ! Voilà, ce qu'ils voudraient nous dire avec leur tête de capharnaüm, les libraires les plus grincheux ?
Accrochez-vous, frères et sœurs écrivains ! Continuez à publier chez les petits éditeurs, si un plus grand vous reconnaît, n'acceptez pas n'importe quoi.
Poursuivez votre chemin la tête haute, vous avez raison d'écrire, écrivez beaucoup, écrivez bien, de tout votre saoul, et même si, dans le pire des cas, vous ne trouvez qu'un seul lecteur, vous aurez aussi le droit de vous dire que vous existez en tant qu'auteur !
Quant à vous, frères et sœurs lecteurs, soyez militants, défendez l'alternatif, faites vous-mêmes votre sélection d'auteurs, ne vous laissez pas mener par le bout du livre.
Lisons, écrivons ! Soyons curieux et enthousiaste !
Anne Bourrel
lundi 14 avril 2008, 18h47.
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