Un extrait du roman de Laïd
- Que me voulez-vous ? demande-t-elle en se relevant, la gourde vide à la main.
- Je ne vais pas y aller par quatre chemins, répondit le soldat. Ecoutez-moi bien. Vous êtes ici dans le grand Passage, le lieu entre vie et mort que l'on appelle aussi Mémoire. Vous y êtes à cause de moi. Pas directement, hein, mais presque. Je suis l'un de vos ancêtres. Le petit-fils de l'oncle du cousin germain de votre grand-père. Celui qui a fait la guerre d'Algérie.
- Ah, c'est vous ! S'écria-t-elle en rendant la gourde à son propriétaire d'un air menaçant. Alors là, j'ai bien entendu parler de vous. Dites donc, dans la famille, on n'est pas fier de ce que vous avez fait, vous êtes un vrai tabou !
- Ne riez pas, jeune effrontée, on voit que vous n'êtes pas au courant.
- Tortures et atrocités, je suppose ?
- Pire. Tout ça et encore pire.
- Trahison ?
- Oui.
- Pendaisons, défenestrations, arrestations, déportations
- Oui, oui, oui, arrêtez, arrêtez, je vous en prie, je n'ai rien oublié de tout ça, je suis même condamné à m'en souvenir éternellement.
- C'est la moindre des choses.
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