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Hommage à Aimé Césaire





L'UNESCO REND HOMMAGE A CESAIRE

SOIREE D'HOMMAGE INTERNATIONAL A AIMÉ CÉSAIRE
A L'UNESCO
JEUDI 22 MAI A 19 Heures précises
PROGRAMME
- ALLOCUTIONS OFFICIELLES


        - DOCUMENTS : CESAIRE ET L'UNESCO


        - EVOCATION POÉTIQUE D'AIME CÉSAIRE AUX OBSÈQUES DE FORT DE FRANCE
        (Par Daniel Maximin avec les comédiens Suzy Cinga,Aliou Cissé, Akolio Dolo, Jacques Martial, Rudy Silaire)


        - CAHIER D'UN RETOUR AU PAYS NATAL, interprété par Jacques Martial.

Si vous souhaitez participer à cet hommage, nous vous offrons une :
INVITATION POUR DEUX PERSONNES À IMPRIMER ET A PRÉSENTER À L'ENTRÉE
Rendez-vous à la
MAISON DE L'UNESCO SALLE 1
ENTRÉE AU 125 AVENUE DE SUFFREN
PARIS 75007
Ouverture des portes  à18 heures.
Renseignements inscriptions
Tél : 01 45 68 15 11
        01 45 68 04 99


Le chantre du respect des indentités est décédé le 17 avril 2008 à l'âge de 94 ans. Voici des textes de témoignage venus d'horizons divers.
Si vous souhaitez nous envoyer votre témoignage, écrivez-nous à acoriadiffusion@free.fr

HOMMAGE A UN MODELE D'ESPERANCE COLOREE

« Je suis de la race de ceux qu'on opprime. »

Voilà résumé le parcours d'Aimé Césaire. Comment ne pas saluer un être d'une si grande valeur d'avoir su se battre pour le sort des siens, non seulement de ceux de sa race, mais de ceux qui souffrent, d'avoir rendu son engagement universel au nom de son exceptionnelle lucidité intellectuelle ?

Il savait que le problème des peuples se situait davantage au niveau social qu'à la simple question de couleur même si les Noirs ont toujours été les grands exploités du profit mondial. Pas étonnant qu'il ait fait un rapprochement entre colonialisme et nazisme avec néanmoins une note d'espoir dans la noirceur de son exposé sur la négritude :

« Qu'on imagine tout cela et tous les crachats de l'histoire et toutes les humiliations et tous les sadismes et qu'on les additionne et qu'on les multiplie et on comprendra que l'Allemagne nazie n'a fait qu'appliquer en petit à l'Europe ce que l'Europe occidentale a appliqué pendant des siècles aux races qui eurent l'audace ou la maladresse de se trouver sur son chemin. L'admirable est que le nègre ait tenu ! »

Malheureusement, le principe de la « tête de turc » au bon vouloir du riche bien pensant ne date pas d'aujourd'hui et perdure encore. Comment la France va-t-elle pouvoir se protéger contre ce genre d'abus à l'ère d'une politique libérale à outrance où le pauvre semble attirer particulièrement l'attention des exploiteurs et l'étranger revêtir l'apparence du parfait bouc émissaire ?

Il redoutait que dans beaucoup trop d'êtres sommeillent un « Hitler qui s'ignore » et il n'avait pas tort de le penser au regard de faits internationaux inadmissibles au vingt et unième siècle. Il suffit de reprendre les propos d'un homme politique engagé contre ce qui conduit une partie de la société à la dérive et entraîne les puissants à l'aliénation des peuples :

« Une civilisation qui s'avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte. Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde. »

Cet extrait du « Discours sur le Colonialisme » de 1950 paraît refléter une triste actualité, preuve que l'écrit est le vecteur d'avenir des humains, une référence incontournable pour laquelle il faut se battre face aux nouveaux médias en pleine déstructuration du mental des êtres qu'on tente de rabêtir afin de les empêcher de se révolter, les inciter à se soumettre à l'éternelle loi du plus fort et à ne plus être solidaire faute d'évoquer un égoïsme de classe.

D'avoir exercé la fonction d'écrivain et de politique, il avait compris qu'écrire était capital pour demain, que l'action se résumait à ce qui laissait une trace au travers d'une émotion que seule l'écriture pouvait conserver intacte sur le long terme :

« - Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s'affaissent au cachot du désespoir. »

Et sur ces mots qu'il a voulu voir graver sur sa tombe, ultime modestie du « Nègre fondamental » avec un grand N évidemment, rendons un vibrant hommage à ce poète né pour lutter à armes égales avec les pouvoirs en place et la fin des inégalités :

« La pression atmosphérique ou plutôt l'historique agrandit démesurément mes maux même si elle rend somptueux certains de mes mots… »

Adieu l'homme blanc de cœur à la peau noire  et merci d'avoir marqué notre siècle de ton empreinte humaine sous le soleil de la Martinique !...

Violette d'Orléans

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Lettre-poème imaginaire pour un retour à un pays natal réel

Hommage à Césaire l'Aimé, le Parrain du FESMAN  III


Au bout du petit matin
La Tragédie du Roi Christophe
Et ces cris de Désespoir
Ces pays atterrés
Suffoquant sous le poids de la Douleur
Ces peuples incrédules las exsangues
Regrettant à jamais de ne pas t'avoir choyé
Et compris
Ces âmes petites engoncées dans leur sempiternelle
Lâcheté
Leur pauvre couardise
Leurs sournoises compromissions
Leurs puantes trahisons
De déguenillés
De désossés de l'Histoire

Au bout du petit matin
Après ton Discours sur le Colonialisme
Tu es parti
Sans te retourner digne et fier
Mais malheureux de lâcher tes progénitures orphelines
Dans les glauques miasmes de temps obscurs
D'espaces traumatisés inertes
D'esprits trépanés trébuchés de leur bon sens
D'âmes amputées exsudant le pus-prurit de leurs plaies
D'idées purulentes vérolées calfeutrées flétries

Au bout du petit matin
Cheminant collé serré avec ton Cahier d'un Retour au Pays natal
Comme dans la transe d'un ndoëp salutaire
Sur ce sentier-au-morne
Entre l'Atlantique et la Caraïbe
L'entre-deux-mers
Sur ce promontoire de l'Universel
Aux mille singularités
Ta Lumière magique
Tes Armes miraculeuses
Tes Amours par le monde
Dispersées
Ton Discours à l'Humanité présente
Et à-venir
Tes Songes d'éternels jours d'été
Tes Rêves de Mots de grandeur inscrits sur tous les frontispices
Balayant les Maux nègres
Des negs noirs
Des negs marrons
Des negs aux mains sales
Des negs aux mains propres éventrés dans leur Négritude
Sous la bénédiction de la Négraille complice
Aux dents d'or qui brillent sous les compliments hypocrites

Au bout du petit matin
Toi la Laminaire au long thalle fertile
Toi le Début du livre le Liminaire fécond
Porté par les ombres de tes baobabs
De Ton Fromager pluri-séculaire qui t'écoute
Ton alter ego
Tu exultes de Bonheur
Entre le profane et le sacré
Pour mieux t'imprégner des mânes des ancêtres
Buvant goulûment aux mannes des origines
Pour brandir les sources ataviques
Filets limpides de fleuves lunaires bénis

Au bout du petit matin debout à jamais
Ivres de ton legs infini
Ton héritage indéfiniment partagé
Rassemblés au « penc »
Unis pour le meilleur
Contre le malheur et le pire
Gorgés du suc des victoires des combats incontournables
Nous crierons pour que se lézardent les silences
Violeurs de nos cœurs
Dévoreurs de nos ventres
Pour annoncer les Amours-Savanes
Et exhumer la Poésie du monde

Au bout du petit matin
Ces airs de gro-ka musclés rythmés de sueur
Trempés dans des chants érigés
En monuments aux morts
En hommage aux chantres
En plaidoyers pour les vivants
Des airs de flûte des mornes aux paroles languissantes profondes
Gloussant de vieilles antiennes initiatiques
Des airs de jazz triés sur le volet
Arborant tous les drapeaux
Pour installer sur la terre entière
Les Soleils naissants d'une Nouvelle Humanité
Horizon de libertés créatrices

Au bout du petit matin
Ton corps flottant sur les hauteurs éthérées de Madidina
Ton île de refus
D'affirmation de ta quintessence nègre
De ton identité une et indivisible parce que unique et multiple
Appelant tes peuples à prospérer dans la Paix
Pour le repos dans ton champ de canne à sucre
Au Panthéon de la Martinique.

Choisy-Le-roi le Mardi 22 Avril 2008
Ndongo MBAYE


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Je pense à lui.

Depuis quelques jours, comme avant, quand j'étais à l'université et que ses textes m'avaient été proposés par mon professeur de littérature, je pense à lui ;
En moi, coule ses mots, en ma blanchitude, son intelligence.
 
Parce que j'aime la littérature, mon identité est métissée. Aimé Césaire est mon père. Marguerite Duras, ma mère, mes frères ont des prénoms latino-grecs et arabo-andalous, mes sœurs dansent le merengue, le flamenco et pogotent.
 
Je porte un nom couleurs des Hommes, je m'enroule dans tous les drapeaux, je suis née femme blanche et je mourrais Humaine des Couleurs de l'humanité.
 
Les mots, les mots, les mots d'Aimé Césaire, dansent au fond, tout au fond de mon Humanité.
 
 Angeline Fougasse


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Pour Aimé Césaire
Au bout du petit matin, cette ville plate - étalée 
Pour Aimé Césaire, Caliban et Xavier D de L'Urbe

       Il a des yeux de braises et il vient du pays de Césaire.
Parce que cette poésie pure l'a émue jusqu'aux larmes, et qu'il vient du pays de Césaire, elle lui offre ce livre : « Cahier d'un Retour au Pays Natal ». Ils ouvrent le livre, assis à la table de la cuisine et à haute voix, sous la lampe amie, ils lisent, à haute voix, chacun une phrase, à haute voix, voix mêlées d'un très jeune homme et d'une très jeune femme, joue noire posée sur joue blanche, douceurs de se reconnaître pareils aux texte de Césaire, éblouissement, jaillissement des mots, percussions martelées dans le ventre, ils lisent tout le livre, tout le livre à haute voix, enivrance salvatrice des mots, ils lisent tout le livre un soir à haute voix sous la lampe amie…

       Des générosités emphatiques, une trouée d'oiseaux clairs

       Il a des yeux de braises et il vient du Pays de Césaire, nos amours sont des cahiers aux couleurs de l'amour métissé alors qu'un homme veille et veillera, Aimé, Aimé Césaire.

       Je te livre mes paroles abruptes
       Dévore et enroule-toi
       Et t'enroulant embrasse-moi d'un plus vaste frisson

       Le jeune homme est parti sur un malentendu et la vie creuse des océans violets ou mauves, aujourd'hui Aimé est mort,

       Qui et quels nous sommes ? Admirable question !

       Cette après-midi.

       Les mots du Cahier chuchotent, ils s'agitent, malheureux, Caliban laisse souffler la tempête d'une page sur l'autre et le roi Christophe baisse la tête sur ses mains impuissantes comme des ruines de château.

       Je salue les trois siècles qui soutiennent mes droits civiques et minimisés !

       Le souffle s'est éteint mais la trace s'inscrit, griffures, paroles dites hautement au dessus du silence, un homme est mort aujourd'hui, Aimé, Aimé Césaire.

       Je suis un cadavre, aux yeux clos, qui tape du morse frénétique sur le toit mince de la mort
               Je suis un cadavre qui exubére de la rive dormante de ses membres un cri d'acier non confondu.

       Le jeune homme n'est plus jeune, la femme non plus et c'est moi, le Cahier se referme en soupirant, endeuillé du deuil des mains mortes des morts.

       Comme un chant de juste filaos
       Le soir
       Nos multicolores puretés…

       … c'est là que je veux pêcher maintenant la langue maléfique de la nuit en son immobile verrition !        


Anne Bourrel
En italique extraits du Cahier d'un retour au pays natal, Aimé Césaire


















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